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Le terme brésilien, "Amazonas", au pluriel, correspond sans doute
mieux à la réalité de la région. Le pays est bien pluriel. Les habitants
sont indiens, "caboclos" métisses d'indiens et de portugais, ou
encore d'origine européenne. La seule unité serait le fleuve, mais y-a-il un
fleuve? D'inombrables bras, des centaines d'îles, un niveau de l'eau qui peut
varier de plus de dix mètres de hauteur, ce qui entraine des paysages
extrêmement différents suivant les saisons. Le nom même de la partie
principale du fleuve change plusieurs fois sur le parcours.
A notre arrivée à Manaus, fin mai 2007, nous devions assister à une
représentation lyrique qui clôturait le festival d'opéra du théâtre
Amazonas. Le spectacle a été annulé. Le plaisir en aurait été le contraste
entre une culture exacerbée et une nature brute que nous découvrirons dans le
voyage. Nous avons finalement couru la ville, pauvre, délabrée, ce qui nous a
sans doute donné une vision plus concrète de Manaus, même si nous avons
succombé le soir aux charmes de la place de l'Opéra, rare vestige d'un passé
riche du caoutchouc.
Le lendemain, nous embarquons dans notre bateau, avec pilote et cuisinière.
Plus d'une semaine sur l'eau, à la rencontre de la diversité de la faune et la
flore, mais aussi de la population vivant au bord de ce fleuve. Objectif:
remonter le Rio Negro, en rencontrant des indiens ou des Caboclos, pour y
retrouver les jeunes avec lesquels les collègiens de l'école française ont
échangé des informations concernant leurs vies quotidiennes.
A l'arrivée, le choc, bien entendu. Les jeunes filles Caboclos de 15 ans
sont déjà mères pour certaines. Les logements sont sommaires, les conditions
de vie sont difficiles, le niveau de vie bas. Jean Daniel Valloton, directeur de
la fondation Almérinda Malaquias (FAM), ébéniste vaudois francophone,
réussit cependant très bien à intégrer ces deux groupes disparates.
Nous avions été très intéressés par cette fondation, qui permettait une
approche très pratique de ce concept un peu théorique de développement
durable pour des élèves de collège. L'aspect économique, humain et
écologique est parfaitement bien articulé dans cette fondation, grâce à ce
couple qui la dirige avec beaucoup de dévouement et avec une facilité
apparente assez déconcertante quand on voit la complexité de l'organisation
nécessaire pour faire fonctionner une entreprise coopérative de plusieurs
dizaines d'artisans (formés dans la fondation elle-même), former les vadultes
à l'ébénisterie, les initier à la gestion et au design, suivre les enfants
et les initier à l'écologie pratique et quotidienne, acheter les machines en
Europe, collecter des fonds dans le monde entier, avoir les contacts avec les
entreprises de construction nautique pour récupérer les chutes de bois...
Jean-Daniel nous a consacré pas mal de temps pour nous expliquer le
fonctionnement de la fondation... avec comme salle de classe le Rio Negro!
L'expérience nous a évidemment enrichi. Le voyage avait certes été
préparé, rêvé, organisé par les élèves, mais il n'a pris tout son sens
que quand nous sommes retournés, "pleins d'usage et raison", dans
notre école brésilienne.
JMD |